Tous Charlie !

Publié le 10 Janvier 2015

7 Janvier 2015. Le ciel s'est brusquement assombri en France. Malgré le bavardage en boucle des chaînes d'information, le crépitement des flashs et l'emballement des réseaux sociaux, un silence de plomb s'est abattu sur la France comme un tsunami. A peine sortie de la période d'euphorie ou chacun se souhaite bonne année et meilleur vœux de façon un peu mécanique et convenue, la réalité nous a explosé en pleine face et la descente en enfer n'a fait que s'accélérer pendant les 72 heures qui suivirent. Des coups de feu...un nom de journal...des djihadistes...de nombreux morts...des noms connus...des visages puis la sidération et les larmes. Charlie Hebdo était égorgé en plein Paris presque sous nos yeux. Le chaos.

Notre Charlie Hebdo, c'était notre petit ilot d'insouciance, d'irrévérence, d'humour, de dérision mais aussi de réflexion. Petit ? Que dis-je ? C'était une institution, une brique majeur de notre patrimoine culturel ! Oui, c'était le Charlie Hebdo de tous les Français, même si seuls 60 000 personnes le recevaient chaque jour, nous l'avons tous lu avec une jubilation potache. Chez un ami, à une terrasse de café, avec des potes ou en fumant une bonne clope. Oui le cul, la politique, l'économie et la religion sont solubles dans la drôlerie ! Même si parfois on se disait qu'ils y allaient un peu fort, ça nous rassurait de voir que la liberté était bien vivante et qu'on pouvait faire un doigt d'honneur aux bonnes manières à condition d'être cultivé et d'avoir du talent. Charlie c’était le phare que les marins ne regardent pas quotidiennement sur lequel ils savent pouvoir compter en cas de gros temps. Certes, tout le monde va mettre la main à la pâte pour essayer de garder le canard sous assistance respiratoire à coup d'aide financière, d'exonération de charge et de dons en nature mais que vaut un canard sauvage domestiqué qui picore dans une main protectrice? Jusqu'à quand saura-t-il voler ? Nous verrons bien...

Les larmes aux yeux et la nausée, c'est ce qui nous restera de cette funeste semaine. Trois enfants de la république se retournent contre elle pour lui cracher à la figure, une arme à la main en criant "Allah Akbar". Probablement trois jeunes adultes en quête d'absolu et d'idéal mais trois ignorants ayant choisi la violence comme mode d'expression faute d'un autre vocabulaire. En 2004, Patrick Le Lay nous expliquait son métier à TF1 : "vendre du temps de cerveau disponible à des annonceurs". Apparemment les cerveaux d'Amedy, de Sherif et de Saïd étaient bien disponibles. Disponible au pire. C'est à peine si j'ose le dire mais oui, nous sommes tous co responsables, certes à des degrés très divers.

Depuis des décennies on laisse la désespérance proliférer et pas uniquement dans les banlieues, la crise économique creuse des écarts toujours plus béants entre les couches de population, les grands groupes internationaux pillent notre économie en contournant les lois pour ne pas y payer d'impôt, les télés abreuvent la population en continue de programmes stupides, violents et mortifères mais probablement rentables, les gouvernements successifs détricotent l'éducation nationale en nous faisant croire que les réduction budgétaire sont presque faites dans l'intérêt des enfants, les partis politiques nous abreuvent de promesses toujours plus creuses auxquelles la plupart d'entre nous ne croit plus depuis bien longtemps, les hommes politiques se sont transformés en technocrates qui ne parlent plus que d'économie, de croissance, de taux de change, de taux d'intérêt et de parité des monnaie mais ne proposent plus aucune vision politique sur le long terme.

Pendant ce temps, le système laisse de plus en plus de monde au bord du chemin, l'économie parallèle se développe, le chômage des jeunes atteint des niveaux scandaleux, la violence se banalise, les trafics d'arme pullulent et les prisons sont pleines à craquer de petites frappes qui n'ont rien à y faire si ce n'est que d'y fournir la chair à canon nécessaire à des malades mentaux qui haïssent notre modèle de civilisation et instrumentalisent l'Islam en arme politique. Nous n'avons pas un problème avec l'Islam ou avec n'importe quelle religion mais avec la bêtise, l'ignorance et le militantisme qui savent si bien s'agglomérer avec le première -isme venu. Communisme, Islamisme, Maosisme, Nihilisme, Bouddhisme, Nationalisme ou Capitalisme sont tous de bons arguments pour qui a envie de tuer et trouver enfin un idéal et un sens à sa vie. Bref qui sème l'ignorance récolte la violence.

Comme d'habitude, une fois l'émotion passée l'heure des bilans va sonner, les langues vont se délier et les clivages politiques reprendre leurs droits à l'approche de 2017. Faut-il mieux armer la police ? Faut-il resserrer Schengen ? Faut-il plus de contrôle de l'Internet ? Plus de vidéo surveillance et peut-être même un flic derrière chaque citoyen ? Peut-être un peu de tout cela, mais attention, les mêmes mots produiront les mêmes maux et les mêmes causes les mêmes conséquences. Certes, les grands prédicateurs qui sévissent à l'étranger et promettent la chute de la civilisation occidentale son nos ennemis, nous allons malheureusement devoir apprendre à mieux nous protéger et être plus vigilant mais de grâce n'oublions pas que l'ennemi est aussi intérieur. Il faut que ces 20 personnes ne soient pas mortes pour rien c'est le meilleur hommage que nous puissions leur rendre collectivement. Il nous faut prendre notre courage à deux mains, nous regarder en face et changer complètement de logiciel pour remettre notre système de valeur en ordre. Ce qui compte, ce n'est pas notre petit ego étriqué et l'individualisme porté au pinacle, ce n'est pas l'économie et la croissance économique, ce n'est pas l'argent et la spéculation, ce n'est pas le pouvoir et les honneurs, ni même d'avoir une Rolex avant 40 ans. Ce qui compte c'est ce que l'on est, ce que l'on donne, le bonheur que l'on génère autour de soi et l'exemple que l'on peut donner à ses enfants, aux autres et au monde entier. Alors n’oublions pas que la vie peut être dramatiquement courte, essayons de remettre un peu l'humain au cœur de nos préoccupations et essayons de retrouver le gout du vivre ensemble.

2015 commence tellement mal, à nous tous d'écrire la suite. Tous ensembles.

NOUS SOMMES TOUS CHARLIE !

PS : Désolé pour ce texte un peu long et maladroit mais il fallait que ça sorte.

Tous Charlie !

Rédigé par ER1C V@L1N

Publié dans #food for thoughts, #JeSuisCharlie

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